L’abbé Claude Musimar nous donne des échos de la journée pastorale des migrations qui s’est déroulée le 24 novembre à la maison diocésaine de Mesvin.

Mesvin - 24-nov-2015 - 1Une pastorale qui, aujourd’hui, ne prend pas en compte le phénomène des migrations est une pastorale qui ne répond pas aux défis de son temps. Les migrations sont un signe des temps : elles influent profondément sur nos sociétés et présentent des défis particuliers en raison des diverses problématiques qu’elles soulèvent.

C’est ce thème préoccupant de notre temps qui a rassemblé plus de 90 personnes à la Maison diocésaine de Mesvin pour approfondir cette question et mieux l’aborder dans une approche pastorale. Le thème abordé mettait ainsi en relation deux domaines : Migration et Pastorale qui aujourd’hui sont appelés à faire route ensemble…

En tout cas, les migrants n’ont pas seulement des besoins matériels, mais aussi spirituels, auxquels l’Eglise est appelée à répondre grâce à une pastorale intégrale qui représente un domaine d’action spécifique à l’intérieur de la pastorale ordinaire. Le point de départ est toujours la compréhension de la situation des migrants sous toutes ses dimensions, à la lumière de la Parole de Dieu et de la Doctrine Sociale de l’Eglise.

Les deux conférenciers, qui ont animé cette journée remarquable ont merveilleusement éclairé les des personnes engagées ou non dans leurs paroisses sur cette problématique.

Pour Johan Ketelers, secrétaire général de la Commission internationale Catholique des Migrations (ICMC) en Suisse (Genève) : « La migration interpelle. Elle se range parmi les facteurs et les indicateurs les plus puissants d’une transformation irréversible de notre monde, de ses identités nationales, ses interactions et interdépendances; une transition qui se fait connaitre sous de multiples aspects et qui conditionne les sociétés au nord comme au sud – qui en efface même les distinctions classiques. Elle pose question sur les traditions d’une gouvernance nationale et configure le besoin d’une gouvernance plus régionale, voire globale; elle démontre que les frontières s’effacent rapidement et pose question sur le concept d’une légitimité de la personne définie par sa nationalité. Elle engage et conditionne les capacités économiques des pays, contribue au changement des démographies et au brassage des cultures. En bref, la migration est un sujet qui dérange et qui inquiète mais qui fait inéluctablement parti de notre présent et de notre futur. »

Le Père Lorenzo Prencipe, scalabrinien, responsable de la pastorale des migrations pour la Conférence épiscopale de France a donné des pistes concrètes pour une pastorale des migrations dans nos unités pastorales. Il estime qu’il n’y a « pas de place à la globalisation de l’indifférence. Tout d’abord parce que toute l’histoire sacrée est une histoire de migrations physiques, souvent forcées (l’exil du peuples d’Israël en Egypte, à Babylone, de la sacrée famille en Egypte) ou de migrations « spirituelles » (Abraham, notre père dans la foi trouvera la terre promesse en ayant la force et le courage de tout quitter et de partir vers une terre autre).

Dans l’optique biblique la condition d’être migrant, en déplacement est le paradigme de la vie chrétienne, de ceux qui sont en marche vers Dieu. Par l’expérience migratoire et de l’exil, l’homme peut apprendre que la recherche de soi exige d’aller vers l’autre qui lui révèlera son identité authentique.

Les recommandations de Dieu à son peuple l’invitent à ne jamais oublier que sa précédente expérience d’étranger est le point de repère pour juger des comportements envers les étrangers qui vivent avec les israélites… (Exode, Deutéronome, Lévitique, par ex., Lévitique 19,34 : «L'étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l'aimeras comme toi-même car vous avez été étrangers au pays d'Egypte»… le souvenir justifie l'accueil qui se fait hospitalité, le "car" et le "comme", comme un compatriote, comme toi-même, lient l'hospitalité au commandement d'amour…).»

En plus

Au-delà des solutions politiques dont les décisions souvent nous échappent, nous savons l’importance de l’opinion publique, du tissu associatif, de l’engagement de chacun à son niveau. C’est un problème profondément humain que certains malheureusement ne manquent pas d’instrumentaliser en flattant les peurs et les égoïsmes.

Une journée, comme le soulignait notre Evêque dans son mot de clôture, qui nous invite à l’action là où nous sommes.


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