La Libre -  Christian Laporte - Publié le mardi 21 novembre 2017 à 23h02 - Mis à jour le mercredi 22 novembre 2017 à 06h51

Ce mercredi après-midi au Residence Palace à Bruxelles, le Secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Theo Francken (N-VA) ainsi que Hilde Kieboom, la présidente de la Communauté de Sant’Egidio en Belgique et les représentants des cultes reconnus en Belgique - le cardinal De Kesel en tête - lanceront ensemble un projet exceptionnel de "Couloir humanitaire" visant à accueillir 150 réfugiés syriens dans des conditions optimales.
 

Des familles chrétiennes et musulmanes

A l’initiative de certaines personnes ou associations privées, des réfugiés chrétiens d’Orient ont déjà pu venir en Belgique depuis le début de la crise du Moyen-Orient. Mais cette fois il s’agira de familles chrétiennes et musulmanes. Et peut-être yézidies.
Concrètement, on accueillera dans les mois à venir 150 réfugiés syriens venant pour moitié de Turquie et pour l’autre moitié du Liban qui recevront un visa humanitaire. La Communauté de Sant’Egidio, la Conférence des Evêques belges en collaboration avec Caritas prendront en charge la plus grande partie de l’accueil des réfugiés. Les autres cultes reconnus (les Eglises protestantes, évangéliques, orthodoxes et anglicanes, le culte juif et le culte musulman), réunis dans le Comité "Together in Peace", participeront aussi à l’accueil.

Collaboration interreligieuse très… belge

Cet accueil permettra à ces réfugiés de solliciter l’asile sans devoir passer par Fedasil puisqu’ils seront reçus et pris en charge par les différents partenaires. En ce sens, ce "couloir humanitaire" est aussi un projet inédit de collaboration œcuménique et interreligieuse. "Nous espérons que les premiers pourront rejoindre la Belgique avant Noël. En tout état de cause, le projet devrait être concrétisé totalement pour la fin de l’an prochain ", explique Jan De Volder, co-responsable de la Communauté belge de Sant’Egidio en primeur à "La Libre". "Il permettra d’offrir une voie sûre et légale à des réfugiés vulnérables de pays en guerre, qui veulent demander la protection internationale en Belgique. Leur acheminement par voie aérienne est bien évidemment une alternative à la migration illégale, à la traite des êtres humains sans même parler des dangers encourus lors des traversées dangereuses dans la Méditerranée" , poursuit Jan De Volder.

Des "routes sûres et légales"

Quels réfugiés entrent en ligne de compte ? "Les 150 réfugiés ont, comme nous venons de le dire, été identifiés sur la base de leur vulnérabilité. Il s’agit principalement de familles avec des enfants. Nous avons aussi retenu des personnes plus âgées ou isolées qui nécessitent des soins médicaux particuliers. Un critère fut aussi d’avoir d’éventuels liens avec notre pays. Qui plus est, ce projet répond aux différents appels du Parlement européen, des organisations internationales et des associations qui défendent les droits de l’homme à installer des ‘safe and legal pathways’, entendez : des routes sûres et légales." Le responsable de Sant’Egidio précise encore que "ces couloirs humanitaires s’ajoutent aux programmes de réinstallation officiels des autorités. Mais il faut ajouter qu’ils ne sont pas à charge de l’Etat, étant financés de manière privée par les moyens propres des organisations religieuses. Ces organisations liées aux cultes reconnus en Begique prennent aussi en charge l’accueil, l’accompagnement et l’intégration des réfugiés" .

Un double besoin de sécurité rencontré

Autre précision à l’adresse de la frange méfiante de la population qui rappelle que des djihadistes pourraient s’infiltrer : les candidats aux couloirs humanitaires sont certes retenus sur la base du critère de la vulnérabilité mais un contrôle est également effectué au niveau sécuritaire. "Ainsi, le projet répond à un double besoin de sécurité : celui des réfugiés et celui des pays qui les accueillent, ajoute Jan De Volder. "On peut dès lors dire que les couloirs humanitaires sont aussi un modèle pour une politique de l’asile et de la migration plus ambitieuse, basée sur une collaboration entre des autorités politiques des pays de l’Union européenne et la société civile." Si une telle collaboration entre les autorités civiles et religieuses au sommet est une "première" en Belgique, la formule a déjà fait ses preuves en Italie et en France.

Une garantie de bonne intégration

"En effet, ces couloirs humanitaires sont nés en Italie en 2015, sur la base d’un accord de coopération entre Sant’Egidio, la Fédération des Eglises protestantes et l’Eglise vaudoise ainsi que l’Etat italien. Un millier de réfugiés syriens et irakiens, vivant au Liban, ont ainsi trouvé une nouvelle vie en Italie. Grâce au succès du projet, l’accord a été renouvelé le 10 novembre dernier pour mille autres réfugiés. En outre, un accord entre Sant’Egidio, la Conférence des Evêques italiens et Caritas va permettre le transfert de cinq cents réfugiés d’Ethiopie en Italie. En France, la Communauté de Sant’Egidio, la Conférence des Evêques et la Fédération des Eglises protestantes avec leurs organisations de secours respectives, ont signé un accord avec l’Etat français afin d’organiser un couloir humanitaire pour cinq cents réfugiés syriens et irakiens, depuis le Liban" .
Enfin, en raison de la large publicité du projet, les différents partenaires disent aussi disposer de meilleures garanties pour une intégration réussie de ceux qu’ils accueillent.
 
Theo Francken se félicite de la démarche

Theo Francken, secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations (N-VA) participera ce mercredi, au nom du gouvernement fédéral, à la présentation et à la signature des "Couloirs humanitaires" au Residence Palace. Il ne cache pas son adhésion au projet qui lui a été proposé par la Communauté de Sant’Egidio avec l’appui des six cultes reconnus aujourd’hui en Belgique.

"J’apprécie particulièrement l’implication, dans celui-ci, des différents cultes reconnus en Belgique. Ces derniers rappellent ainsi aussi de manière très positive leur implication dans le vivre-ensemble", explique-t-il à "La Libre".
"Ce n’est pas une ‘première’en soi puisqu’il y a déjà eu des ‘couloirs humanitaires’ en Italie et en France mais je suis heureux que chez nous aussi, on a compris bien avant d’autres qu’il fal lait s’engager pour les réfugiés les plus vulnérables, les plus exposés, pour les vrais réfugiés. Il ne fait pas de doute que les 150 Syriens que nous allons accueillir le sont. Ils ont d’ailleurs fait l’objet d’un screening dans cette optique". Mais ce qui réjouit aussi le secrétaire d’Etat est "qu’ils viendront par des moyens sûrs ce qui soit dit en passant répond aussi aux demandes réitérées des organisations non gouvernementales depuis longtemps".
Plus de visas humanitaires que Di Rupo
Sans vouloir s’engager sur un chemin plus polémique, le secrétaire d’Etat ajoute quand même en passant que "le gouvernement actuel a donné plus de visas humanitaires que celui présidé par Elio Di Rupo… Du reste, c’est vraiment le fil rouge de l’action gouvernementale actuelle. Toute autre interprétation à ce propos n’est pas correcte !"
En même temps, Theo Francken constate que la Belgique va aussi renforcer globalement sa position de "bon élève" dans la crise des réfugiés : "L’accueil de ces 150 réfugiés vient en complément des 1 150 que le programme de rélocalisation nous a prescrits dans le cadre de la solidarité européenne. Et ils s’ajoutent aussi à ceux que nous avons accueillis dans le cadre de l’opération de sauvetage des chrétiens d’Orient"…

Des laïcs chrétiens à l'origine du "couloir humanitaire"

La Communauté de Sant’Egidio qui est à la base de l’initiative du "couloir humanitaire" est un mouvement chrétien de laïcs qui compte 60 000 membres dans plus de 70 pays sur tous les continents. Ses membres se réunissent pour la prière mais sont aussi très actifs sur le terrain des luttes contre toutes les inégalités. Au niveau international, Sant’Egidio s’engage depuis sa création en faveur du dialogue entre les religions et la résolution pacifique des conflits. On lui doit aussi la mise sur pied des Rencontres mondiales de la paix depuis 1987 dans une optique interconvictionnelle. La Communauté est née en 1968, dans le Trastevere à Rome à l’initiative de l’historien et théologien Andrea Riccardi qui fit partie du gouvernement de Mario Monti. Sant’Egidio, vouée à l’origine à l’aide aux plus pauvres et sans-abri, se bat pour tous les réfugiés. En Belgique, elle est active à Anvers, Bruxelles, Liège et Louvain-la-Neuve. Parmi ses soutiens, elle compte l’actuel évêque de Liège, Mgr Jean-Pierre Delville alors que Mgr Léon Lemmens, l’évêque de Malines, récemment décédé, en était aussi proche.
Christian Laporte